jeudi 08 juin 2006
Devenir « Entrepreneur de sa vie »
Jacques Attali à l’affiche des Rencontres de l’ISG
Les jeunes diplômés français auront-ils une place dans la mondialisation des talents ? Tel était le thème débattu par Jacques Attali le 30 mai dernier dans le cadre des conférences organisées par ISG.
Chroniqueur à l’Express, président d’une société de conseil en nouvelles technologies (PlanetFinance) et écrivain (plus de trente livres entre 1973 et 2003), cette personnalité au parcours universitaire impressionnant (Docteur d'Etat en Sciences Economiques, major de promotion de l'Ecole Polytechnique, diplômé de l'Ecole des Mines, de Sciences Po et de l'ENA a su ouvrir des perspectives d’avenir aux nombreux étudiants venus l’écouter.
Malgré le pessimisme actuel dû à l’importance du chômage et de la concurrence mondiale, le monde peut être vu autrement. « Contrairement à ce que l’on pense, nous vivons dans un monde prometteur, au niveau des débouchés. C’est une chance qu’aucune génération n’a jamais eue. »
Notre monde est prometteur car :
- les démocraties à économie de marché sont majoritaires.
- l’économie mondiale est en forte croissance. Le PNB augmente de 5% par an.
- le progrès technique s’articule autour de quatre axes majeurs.1. les nouvelles technologies de l’information (la productivité des TIC double tous les 18 mois depuis 1960) ;
2. les biotechnologies ;
3. la nanotechnologie (le processus moléculaire, les micro-technologies) ;
4. les neurosciences (la connaissance du processus d’apprentissage, les cerveaux artificiels, les robots intelligents)
- La perspective de voir une intégration de l’économie de plus en plus forte, la mise en place d’un gouvernement mondial et de plus en plus de moyen alloués à l’initiative individuelle.
- Les entreprises seront entraînées par ce mouvement de liberté individuelle.
Pour Jacques Attali la notion de « liberté » devient la valeur absolue qui rend tout réversible.
Les jeunes générations devront cependant être plus que jamais vigilants faces aux menaces suivantes :
- La forte croissance de la population mondiale et l’ouverture des frontières. Les délocalisations augmentent dans les pays dotés d’un bon niveau de formation mais avec des revenus largement inférieurs à ceux de la France (où la durée du travail devra augmenter, non seulement pour accroître la compétitivité mais également parce que la durée de vie augmente).
- L’augmentation des inégalités dues à la mauvaise redistribution des richesses. D’ici vingt ans, 1,5 milliard de personnes ne vivront pas dans le pays où elles sont nées. Les jeunes générations vivront davantage à l’étranger.
- L’apparition de nouveaux métiers. Nous ne passons pas d’une société industrielle à une société de services mais à une industrialisation de services individualisés (bureaux automatisés, musique industrialisée) où la recherche fondamentale et la mise en réseaux sont fondamentales. Les services à la personne se développeront.
- La précarisation des entreprises qui deviennent de plus en plus réversibles. Cette précarité n’est pas à craindre mais à accepter de manière positive comme une forme de liberté. Les individus doivent avoir un actif intellectuel, leur donnant les moyens de s’assurer contre les risques et d’être en permanence en situation d’apprendre.
Un nouveau mode de vie en société apparaît. Les gens sont libres donc déloyaux. L’enjeu est de produire de la loyauté. Pour résister au monde à venir, il est nécessaire de se trouver des tribus (famille, école, nation…), d’y appartenir. Il est fondamental de ne jamais rien considérer comme acquis et de travailler. De nouvelles institutions vont apparaître. En effet, le capitalisme est miné de l’intérieur par l’économie des ONG. Elles sont créatrices d’emplois, de loyauté, elles donnent du sens à la vie et remplissent des fonctions utiles.
Les universités et les écoles françaises ont de la chance. Elles délivrent des diplômes de valeur internationalement reconnue et un savoir de base qui manque à une bonne partie du monde. Les étudiants doivent définir un projet de vie, devenir « entrepreneur de leur vie ».
Le débat ne s’est pas limité au thème mais s’est élargi à des sujets d’actualité. En effet, les étudiants ont posé de nombreuses questions sur des points tels que l’expérience de l’international, la pérennité de notre système de sécurité sociale, le CPE, la croissance de la Chine, le risque de délocalisation ou la place des femmes dans l’économie…

